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 tournent les violons.

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MessageSujet: tournent les violons.   Jeu 29 Mai - 10:26

(suite de http://runaway.forum-canada.net/t660p15-you-re-white-skin-swirling-fireflies#39593 )


en prenant son verre auprès d'elle il se penche
lui glisse à l'oreille en lui frôlant la hanche
"tu es bien jolie" dans un divin sourire
(...)
elle y pense encore et encore et toujours
les violons, le décor et ses mots de velours

Devant la porte. Encore. T'as pas envie de rentrer, en fait. Rester là, dehors, à s'embrasser. Comme deux adolescents. Comme si y avait pas de temps. Pas de passé, pas de blessures à guérir, à panser. On a le temps. Mais tu sais que c'est faux, n'est-ce pas, Mae ? Elle comme toi, vous avez vos failles sous l'armure. Des failles aussi empoisonnées qu'une gélule de cyanure. Le baiser prend de l'ampleur, t'as soudainement qu'une envie : elle. Oui, tu as envie d'elle. De nouveau. T'as envie de sentir sa peau nue contre la tienne dans une caresse d'étoiles. Le meilleur des voiles. Envie de laisser vagabonder tes lèvres le long de sa peau sucrée. Pense à autre chose, Mae. Ta main glisse dans la poche arrière de son jeans, comme pour lui dire : reste contre moi, Brume, t'éloignes pas. Sinon je meurs. Sinon j'me brise le coeur. Mais faut bien y mettre fin. Elle a sûrement faim. Toi aussi, mais d'une toute autre manière maintenant. Elle a réveillé l'animal, le dragon. Cette flamme qui devient brasier en toi dès qu'elle te frôle. Elle te dit qu'elle non plus. Qu'elle n'avait jamais ressenti ça. Déjà, t'écoutes plus. Elle parle de papillons et de bonds. Tu fonds. Putain, c'est pas ton genre Mae. T'es pas ce genre de type. Tu l'étais, mais t'as changé. T'avais promis. Que tu te laisserais plus avoir, que tu te laisserais plus attendrir. Mais y a des aphrodisiaques dans ses sourires. Et de l'extasie sous ses habits. T'es resté figé dans son regard. À l'intérieur, c'est Hiroshima pourtant. Mais t'as peur de l'effrayer si tu lui dis, si tu lui montres. Qu'elle te dise : ça va trop vite. Qu'elle ose pas te dire : Maevan, je sais pas trop, tu sais pour moi c'est pas pareil, tu sais je t'aime bien. Et que le bien serait de trop. Que ça serait mieux si c'était pas bien. Si c'était juste. T'arrives même plus à réfléchir. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Redescends sur terre.

Tu lui proposes d'entrer, mais elle te retient par le bras. T'as le regard effarouché d'une biche, soudain. Parce que t'as peur. Qu'elle te crie : mais tu fous quoi là ? Tu crois que j'vais y aller, avec toi ? Tu crois que j'ai envie de passer mes journées dans le même appartement, tout ça, hein, tu crois ? Mais oui t'y crois. Putain, elle sait pas, mais t'y crois plus que tout. Elle se penche à ton oreille. Ses mots te font frémir. Y a un éclair qui court sous ton épiderme. Mais tes yeux, quoique toujours embués et sombres, se figent dans les siens sans une hésitation. « écoute, d'abord, le restaurant. ensuite, l'appartement. à la rigueur, je te demanderais de venir à paris avec moi, comme on l'a dit. le bout du monde ? il peut attendre encore un peu. » T'as l'air de prendre ça à la rigolade. Mais tes lèvres ne sourient pas. T'as pas ri non plus. Parce que tu plaisantes pas, au fond. Tu l'emmènerai partout si tu le pouvais. Tu n'sais pas d'où ça vient, mais c'est fort. Et ça fait peur. Vous pénétrez dans le restaurant. T'observes la décoration, la façon dont le serveur est fringué. T'as l'impression d'être un cygne noir au milieu du lac. Tu dois détonner, avec tes habits bon marché. C'est qu'un flic ne gagne pas beaucoup, vous savez, même à la criminelle. Y a de ces endroits où t'es jamais entré. Mais aujourd'hui, tout est permis. Quand on aime, on ne compte pas. Quand on quoi..?

Le serveur vous montre la table. Ça se fait cachotier avec Brume, et si d'habitude, les murmures discrets t'agacent, tu trouves ça amusant, présentement. Tu la regardes, avec un brin de malice au fond du gouffre. Les menus arrivent entre vos mains, mais c'est trop dur de la lâcher des yeux trop longtemps. Comme si t'allais te retrouver soudainement avec une simple chaise vide. « vu le nom du restaurant... ça a l'air d'être français, ici ! on se met dans le bain direct. » Tu rigoles un peu. En vrai, t'es pétrifié. Français. Brume. Raphaëlle. Putain, personne leur ferait d'ombre, pas même la Tour Eiffel. T'es perdu, entre les égarements au Pont des Arts et les cartes postales que t'as brûlé pendant des années. Tu te concentres sur le nom du restaurant, et dans un français très bancal et touchant, tu murmures en la regardant : « le beaujolais. » Tu te mets à rire. Putain combien de temps que t'avais plus ri aussi facilement ? « j'le prononce bien ? » Tu guettes sa réaction, les yeux brillants. Tu baisses les yeux enfin vers le menu. Les prix sont pharamineux. Sûrement que dans le sien, ils n'y figurent pas. « bon alors, que veux-tu manger, princesse ? » Et tu te figes. Dernier mot en français, de mémoire. Sceau d'eau sur la figure. Princesse. Ton sourire s'est crispé, heureusement que les cartes sont grandes et qu'elles camouflent ton visage. J'adore quand tu m'appelles "princesse", tu sais ? c'est le seul mot que tu connais en français ? en tout cas, ça te va bien de le dire, surtout quand il m'est destiné. ça me fait me sentir unique. d'être TA princesse. Tu repousses les souvenirs, tu les repousses loin, loin, si loin. T'as plus jamais appelé quelqu'un comme ça. T'as jamais trouvé quelqu'un qui puisse le porter aussi bien, ce surnom; entre tes lèvres, entre tes poumons, dans ton coeur.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Mer 4 Juin - 15:23

t'es encore qu'une adolescente brume. une adolescente qui, en france, peut voter. une adolescente considérée comme une adulte partout, du haut de tes vingt-et-un ans. mais une adolescente au fond. une jeune fille inexpérimentée des choses de l'amour. tu as aimé, brume. souvent. ta mère te disait d'ailleurs que tu tombais amoureuse aussi souvent que tu changeais de chemise. mais c'est la première fois. la véritable première fois que t'es comme ça. à ne penser qu'à lui, à n'avoir besoin que de lui. pour vivre. t'imagines pas ta vie sans sa présence, sans ses bras pour te réconforter et balayer tes peines. t'imagines pas te passer de ses lèvres contre les tiennes, de son contact, de ses doigts légers contre ton épiderme. t'imagines pas non plus te passer de l'odeur musquée qui se dégage de son corps. du goût légèrement salé et acidulé de sa peau contre ta langue. t'en frémis, rien que d'imaginer tout ça. d'horreur, évidemment, parce que te passer de tout ce que t'as énuméré ce serait juste... trop cruel. t'as envie de murmurer à l'oreille de mae toutes ces promesses d'avenir qui te passent par la tête quand t'es avec lui. mais tu sais que son coeur a lui a déjà été bien plus blessé que le tiens, alors tu dis rien. t'as trop peur qu'il te rétorque : eh brume, t'es qu'une fille de passage. eh brume, tu croyais quand même pas avoir une place ? brume, t'es innocente, t'es naïve. j'ai vingt-huit ans, j'ai pas le temps pour des enfantillages. ça te ronge l'estomac comme de l'acide. tu préfères encore être incertaine plutôt que de te faire déchiqueter par la dure vérité. un gouffre vous sépare, vous et vos expériences.

alors au début, quand il te répond parce que t'as osé dire la phrase de trop, ton coeur cesse de battre. tes oreilles guettent le moindre son, ton cerveau se dépêchant d'analyser les mots. tu comprends pas, cela dit. tu comprends pas ce qu'il veut dire. est-ce que ça signifie qu'il ne veut pas s'engager ? pas déjà ? est-ce que ça veut dire au contraire qu'il irait n'importe où avec toi mais que vous avez le temps ? tu ne sais pas. tu ne sais plus. t'as le tournis, alors tu te dépêches d'entrer dans le restaurant pour te vider la tête et remplir ton estomac. besoins basiques. vous vous asseyez à une table désignée par le serveur, un peu en retrait. t'aimerais qu'il n'y ait que vous ici, que personne ne vous épie. qu'il n'y ait que vos deux êtres, perdus dans un labyrinthe de passion et de sentiments indistincts. mais peu importe où vous êtes : quand maevan est là, le reste n'existe pas.

deux menus sont disposés devant vous, et t'oses pas l'ouvrir. tu vois bien en regardant le décor qu'un devis serait nécessaire à ce que tu dines ici. et tu sais que maevan ne gagne pas beaucoup non plus. c'est lui qui a choisi. alors dès que t'as rassemblé assez de courage pour le feuilleter, tu ne cibles que les choses les moins chères. enfin, celles qui te paraissent le moins cher, parce que t'as pas les prix. putain. et puis la remarque de mae fait mouche. t'avais pas remarqué. ça te transperce le coeur comme des milliers d'épées. ça te rappelle la tour eiffel, paris. ta bourgade. ta france verdoyante. mais le léger voile de tristesse qu'est passé dans tes prunelles s'effrite devant son accent. tu trouves ça tellement mignon que tu te penches au dessus de la table et que tu l'embrasses. « pour quelqu'un qui n'est pas français, c'est parfait. t'es mignon quand t'essaies.  » tu souris. tu sais pas toi, qu'il y a eu quelqu'un avant. qu'il y a eu une française qui s'est déjà emparé de son coeur. alors t'es touchée de voir les efforts qu'il met pour te séduire. et le princesse t'arrache un rire un peu crispé. tu te souviens du nombre incalculable où ta mère t'a donné ce sobriquet. avec entre autre : mon soleil, ma puce, ma raison de vivre. tu déglutis. tu devrais les appeler... leur envoyer une carte. mais t'oses pas. t'as trop peur de... de quoi ? qu'ils te disent : eh brume. t'existes encore ? t'es pas morte ? tu nous manques pas tu sais. t'as choisi ce que tu voulais. c'est pas leur genre, mais t'es terrifiée. « euh... » tu bafouilles, en regardant la carte plus intensément. t'as les larmes aux yeux et un sanglot bloqué dans la gorge. « j'adorerais une entrée de foie gras. » tu murmures. puis tu laisses tomber la carte sur la table et baisses les yeux pour qu'il ne voit pas ta détresse et la peine qui envahit ton coeur. tes mains tremblent, posées de chaque côté de la table. et les larmes coulent sur tes joues nacrées, parce que les souvenirs sont bien trop ancrés.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Mer 4 Juin - 18:27

De toute façon, y a pas vraiment besoin qu'elle comprenne. Juste qu'elle sache. Que toi aussi t'irais au bout du monde avec elle. Que toi aussi, tu braverais les interdits. Les souvenirs. Que tu l'emmènerais, sur les chemins déjà foulés, peuplés de fantômes et de regrets. Que tu lui ferais tout visiter. Paris, Los Angeles. Ton coeur. Assis face à elle, tout s'ébranle. Y a plus de serveur, y a plus la musique classique en fond, y a plus le restaurant. Y a juste elle, ses grands yeux, ses lèvres vermeilles. Ses longs cheveux, sa peau douce, qui te promet monts et merveilles. Quand tu t'essaies au français, ça doit la toucher. Tu ne t'y attends pas vraiment, mais elle se penche au-dessus de la table pour venir déposer ses lèvres sur les tiennes avec une malice sucrée. Ça t'arrache un sourire un peu bancal, un peu adolescent. Un sourire un peu d'avant. « eh bah, je vais m'entraîner au français plus souvent alors.. » fais-tu avec un petit clin d'oeil. C'est fou comme t'es plus le même. Les sourires, les clins d'oeil, la parole. Tant de choses que tu as perdu, avec le temps. Avec l'absence. T'espères lui faire le même effet avec le princesse. Mais visiblement pas. Quelque chose t'échappe. Quelque chose dérape. Tu fronces légèrement les sourcils. Tu n'sais pas quoi dire, ne sais pas non plus si tu dois lui montrer que t'as vu que ça n'allait pas, ou si tu dois faire comme si de rien n'était. Mais lorsqu'elle murmure son choix – pour le coup, c'est pas le moins cher à choisir, tu peux pas vraiment t'empêcher de penser comme ça, faut dire que t'as pas grandi avec une cuillère en argent dans la bouche – et qu'elle laisse tomber la carte, tu n'hésites plus. Tu vois ses larmes ruisseler sur ses joues d'enfant. Tu t'es déjà levé. Non, t'es déjà près d'elle, même. Tu te penches, doucement. « hé, brume, doucement.. qu'est-ce qu'il se passe ? » Comme toujours, le poids de la culpabilité te tombe sur la figure comme une enclume. Tes yeux se font inquiets. « j'ai dit quelque chose.. qui fallait pas ? » Qui sait. Peut-être que quelqu'un avant toi l'a déjà appelé comme ça. Quelqu'un qui lui aurait brisé le coeur ? Tu sens une colère froide monter doucement en toi. Mais tu la caches. C'est pas le moment d'être jaloux. T'en as pas franchement le droit, en plus. Ta main vient caresser sa joue du revers, pour essuyer les indices laissés par ses sanglots. « parle-moi... » C'est un murmure. Presque une supplique. Tu détestes la voir ainsi. Ça te bouffe, ça te transperce. Son visage ne mérite pas de connaître le goût salé des larmes et la brûlure incolore qu'elles laissent sur leur passage. Comme pour la rassurer, tu caresses doucement sa joue, puis ses cheveux, sans quitter une seule fois ses yeux. Comme si l'encre de tes prunelles pouvaient, pour une fois, être autre chose qu'un gouffre. Un port d'ancrage. Un mirage. Tu te penches doucement en avant. T'as pas beaucoup de centimètres à brûler pour que tes lèvres goutent à leur tour au sel de ses larmes, venues rouler jusqu'à sa bouche. « je suis là. » Je suis là, avec toi. Et j'serai toujours là, si tu veux bien de moi. Si tu veux bien recoudre mes plaies, si tu veux bien d'un pantin désarticulé. Si tu veux bien d'un moins que rien. Brume, si tu veux bien.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Mar 10 Juin - 15:56

une vague de douleur déferle sur tout ton être. ce qu'il y a de pire, c'est que le malheur c'est dans la tête, ce n'est pas physique et du coup ça ne se soigne pas si facilement. t'es pas malheureuse brume, peut-être juste un peu dépressive. parce que t'as l'impression constante d'être dans les malheurs de sophie, sauf que toi c'est pas sophie. c'est brume. ta vie elle était pas si dure avant. mais l'adolescence, ça a été la guillotine sur le cou gracile de marie-antoinette. beaucoup de gens disent qu'ils donneraient tout pour revivre leur adolescence. toi, avec du recul, tu donnerais tout pour l'avoir passé. loupé. qu'elle te soit passée dessus sans te perturber, comme une moule sur son rocher. mais toi t'as été un petit poisson, qui subit les marées, qui subit d'être sans cesse chamboulé. et qui aimerait ne l'avoir jamais été. oh, douce rêverie. doux souhait tellement fantasmé. les souvenirs affluent comme les remous que constituent ta vie. tu repenses à tout ce que tu as vécu, à ta france. ça fait mal, de se dire que tant de kilomètres te séparent de ta cabale. ça te fait souffrir, d'oublier ces éclats de rires. de ne plus te souvenir que de ces regards lourds, de cette ambiance pesante à table. jamais ils n'ont su te rassurer, oublier ton fardeau et t'aider. ils n'ont fait que l'alourdir. effacer ces souvenirs. t'arracher ton enfance, t'arracher ton destin et le rendre plus rance. pour eux, c'était une fatalité. plutôt que de t'aider à ne pas ployer, ils se sont résignés. tu tentes de passer au dessus. de te focaliser sur mae plutôt que sur ces choses passées. mais c'est dur, tellement dur lorsque tout te les rappelle. au fond, t'es qu'une éclopée qui rêve d'épopées.
d'un coup, la réalité reprend le dessus et tu vois dans les yeux de mae toute la détresse qu'il ressent. t'avais oublié où t'étais, avec qui. « rien. je... je suis désolée. c'est juste tout ça. je... je ne suis pas en très bons rapports avec mes parents. et ma mère m'appelait toujours princesse, donc ça m'a rappelé ça. mais tu n'y es pour rien. » tu chuchotes à peine. il est à côté de toi, à te dévisager, à se montrer rassurant. ton prince charmant. c'est la première idée qui te vienne. après tout, les flics sont les équivalents des chevaliers, non ? du coup, t'as un rire nerveux. « tu n'as rien dit. et je te le redis : ton accent français est à tomber. » léger sourire, petit clin d'oeil. tu passes une main sur tes joues pour sécher tes larmes. tu reprends les armes. tu le laisses te caresser la joue, pose même davantage ton visage contre sa main un tantinet rugueuse. tu fermes les yeux un instant pour mieux apprécier. puis quand tu les rouvres, tu croises ceux d'un serveur intrigué. tu tournes la tête de droite à gauche avec un sourire léger. tu lui rends son baiser, comme si c'était inné, comme si tu pouvais pas t'en empêcher. même si t'as le coeur atrophié, y'a une petite place encore juste pour mae. mais tu peux pas te retenir de demander : « mais pour combien de temps seras-tu là encore ? », les pleurs au bord des yeux. tu doutes pas de sa sincérité, mais là t'as qu'une envie : qu'il te promette monts et merveilles, qu'il te promette qu'il ne te laissera jamais tomber. mais tu te tamponnes les yeux et t'éclaircis la voix. « on devrait peut-être commander, non ? je n'arrête pas de surprendre le regard insistant d'un serveur. » tu dis avec un sourire. t'as pas envie de te lamenter, brume. tu l'as simplement déjà trop fait. et puis t'oses encore un peu : « dis-moi, maevan... parles-moi de toi aussi. j'ai envie de te connaître. on va vivre ensemble, mais tu es encore tellement... flou. mystérieux. et si on voit vivre ensemble, j'ai envie de savoir avec qui je m'embarque. » tu dis simplement. c'est pas agressif, c'est pas méchant. c'est les choses comme tu les penses, comme tu les ressens. t'as envie de partager avec lui, et pour ça, il faut déjà briser la glace.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Mar 10 Juin - 18:32

tu attends. patient, tu la regardes. et tu deviens arbre. comme un chêne centenaire, juste là à observer. à prendre des notes sur les erreurs du passé, avec des racines pour menottes, incapable de bouger. ni d'avancer, ni de reculer. juste là. tu frissonnes. t'es mort de trouille, tout au fond, derrière l'écorce. amputé de trop de branches. de celles qui se tendaient vers le ciel, vers le vent, vers le soleil. de celles qui se tendaient vers la liberté, vers l'amour, vers la sécurité. amputé, tout ça, retiré. ça n'a jamais repoussé, les blessures se sont infectées, et t'as jeté un grand drap blanc dessus pour cacher tout ça. c'est la forêt d'ébène de ses prunelles qui te réveille. doucement. comme d'un mauvais rêve. tu plonges dans son feuillage, t'aimerais caresser son écorce, y chercher les failles, celles avec la sève encore fraiche, pour les refermer. pour la soigner. « j-je... veillerai à ne pas recommencer. » mais ça va être dur. ça lui va tellement bien, ça, princesse. elle rit, mais toi non. tu la regardes toujours, immobile. les racines, vous vous souvenez ? t'as un sourire niais quand elle parle de ton accent français. raphaëlle le disait souvent aussi, ça. que ça t'allait bien, qu't'aurais pu être français. t'appeler charles, ou françois, ou théodore. chantonner du brel et du piaf, encore et encore. sa question te déboussole. pour combien de temps ? t'aimerais la rassurer. mais t'en es incapable. à la place, t'as même envie de la repousser. de la secouer, pour lui dire : hé, va t'en. pars, tant qu'il est encore temps. tu comprends pas ? allez, du balais ! j'te mérite pas. et toi, tu mérites pas ça. de la prendre par les épaules, de l'agiter comme un prunier. d'lui répéter encore : brume, c'est pour toi que j'dis ça. brume tu sais, moi j'veux pas. te faire du mal, te blesser, te laisser. j'veux pas. mais un jour, si j'le fais, tu m'en voudras et moi plus encore. mais tout ça, tu l'sais pas. (...) t'as pas cillé. pas même cligné des yeux. machinalement, tu te relèves. retournes tranquillement à ta place, et c'est à peine audible que tu murmures : « jusqu'à temps que tu voudras bien de moi. » parce que brume, si tu m'prends, c'est pas juste moi. c'est moi et mes fantômes qui me suivent avec boulets aux chevilles. c'est moi et les nocturnes décalquées. moi, et les cernes blanches qu'elles ont laissé au fer à forger. moi, et toute ma forêt délabrée, tu sais de l'époque où les arbres ont pris feu, où les flammes ont tout dévoré. c'est moi et tout ça. tes yeux se posent sur le serveur, que tu fixes jusqu'à lui faire détourner le regard. « c'est parce que tu es trop belle, et qu'il te veut pour lui. mais je suis armé. » tu lui fais un clin d'oeil. pour oublier l'image de la forêt. le feu, la fumée. t'appelles quand même le serveur d'un geste pour commander. puis, tu riais pas pour ça. le premier qui vient trop près repartira avec un beau sourire estropié. brume, ce soir, c'est la tienne. juste ce soir..? (...) « je ne sais rien de toi non plus. ce que je propose, c'est qu'on se pose une question chacun à notre tour, ok ? et si jamais l'un de nous n'a pas envie de répondre, il n'a qu'à embrasser l'autre. ou faire les deux, à la limite. » nouveau clin d'oeil. comment tu vas lui dire ? si elle te demande y en a eu une autre ? tu lui diras quoi, toi ? t'arriverais pas à lui mentir, l'idée te retourne l'estomac. mais raphaëlle. et norah. tu clignes des yeux. chassent les images de la blonde. de la brune. te concentre sur celle, chevelure de feu, en face de toi. taquin, ton pied vient effleurer son mollet, alors que tu fais mine de rien.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Dim 15 Juin - 13:08

tu t'en veux, brume. d'oser ainsi lui reprocher ses mots qui pourtant, entre ses lèvres, t'ont tellement touchée. tu t'en veux de réagir de cette manière, aussi. tu ne devrais pas pleurer comme une petite fille. tu devrais savoir rester digne. mais t'as pas vraiment grandi sur certains points. tu cherches encore la lueur dans l'obscurité, la petite flamme dans une pièce fermée. t'aimes pas de le voir si sérieux mae. c'est pas que ça lui ressemble pas, mais ça t'effraie surtout. les questions se bousculent, les évènements aussi. tu suis plus rien. tu pleures, tu le complimentes sur son accent, et il part. il part dans ses divagations. quand tes prunelles s'ancrent aux siennes, tu ne vois que le néant. tu sais qu'il est dans son passé, dans son souvenir. tu sais rien de lui. rien du tout. et ça te déboussole. ça te désole. tu lui demandes pour combien de temps il sera là, mais lui il ne répond pas. pas tout de suite. les minutes s'égratignent, deviennent heures. t'as l'impression qu'il se passe des décennies avant que sa voix ne résonne. pendant toutes ces courtes minutes pourtant, t'as imaginé le pire. qu'il te dise : eh brume, t'es qu'une distraction. tu croyais quand même pas avoir plus d'attention ? t'es qu'une gamine. un passe-temps. bientôt, je m'en irai, quand j'aurai fait mon temps. ailleurs, avec une plus belle gamine. une gamine plus en forme. parce que toi, ces jambes qui te font défaut, t'es inutile. t'es un fardeau. tes mains tremblent sur tes jambes, manquent de froisser ta serviette en tissu d'un blanc immaculé. puis les mots résonnent. dans un souffle, dans un murmure. mais toujours est-il que tu les perçois faiblement. c'est la grande question... jusqu'à quand tu voudras de lui ? ce n'est pas que tu penses te lasser de maevan. impossible. mais il y a toujours celui dont tu es la marla. t'es pas sûre qu'à votre âge à mae et toi, l'écart de vieillesse puisse passer. il a déjà tant vécu, alors que toi tu es vierge des expériences de la vie. mais pour toi c'est trop dur, brume. de choisir. d'éliminer. t'as besoin de maevan. t'as besoin de l'autre. t'es coincée dans une spirale sans fin, dans les confins de l'infini. la remarque de ton amant t'arrache un rire. « vraiment ? tu irais jusqu'à défendre ton "territoire" ? » tu le taquines. t'aimes pas être qualifiée de bout de viande, être défendue comme si tu étais à lui. pas parce que c'est maevan, surtout parce que t'appartiens qu'à toi. mais dans sa bouche à lui, ça sonne bien. c'est agréable à entendre. la proposition qu'il te fait te convient parfaitement, même si tu aurais aimé le bombarder de questions. « ça me va. mais j'ai l'impression qu'on ne va pas beaucoup répondre... » tu ris. mais le fait est que tu sais pas par quoi commencer. et t'as peur aussi de ce qu'il pourra demander. en sentant son pied contre ta jambe, tu le regardes d'un air faussement outrée. ta main vient chercher la sienne alors que tu plonges tes yeux dans les siens. « tu es originaire des USA, c'est ça ? donc... tu m'as dit que tu avais été en france. c'est indiscret de demander : pourquoi ? des vacances ? de la famille ? et puis, qui t'a apprit à parler français ? » ça fait un peu deux questions en une seule. mais le rapport est là, et c'est véritablement quelque chose qui t'intrigue. en plus, tu te sens bête : les français ont souvent un très mauvais accent anglais. tu dois écorcher les mots. t'entends en plus, en lui parlant, la différence de niveau... et s'il te répond qu'il y avait une femme ? une française ? qu'il y a toujours... ? comment tu vas réagir, brume ? d'un coup, t'as peur encore. « mais... t'es pas obligé de répondre hein... » t'ajoutes, la voix chevrotante. le serveur arrive, et tu essaies de te calmer. il vous demande ce que vous allez prendre. « une entrée de foie gras s'il vous plaît. » tu demandes. ici, avec mae, tu pourrais passer des heures sans même manger.
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MessageSujet: Re: tournent les violons.   Dim 15 Juin - 15:40

on dirait qu'elle a peur. est-ce que tu lui fais peur, mae ? le grand méchant loup l'effraie-t-il ? qui es-tu pour en douter. tu te fais peur à toi-même, alors c'est pour dire. tu hausses un sourcil à sa question. « ce n'est pas mon territoire. » rectifies-tu avec un sourire en coin. tu inspires à fond, avant de te pencher en avant pour la poignarder de ton regard noir. « mais oui, je serai prêt à défendre notre soirée en tête à tête, alors qu'on ne s'avise pas de me la dérober. » qu'on ne s'avise pas de te dérober à moi, penses-tu même. une étincelle brille au fond des gouffres de tes prunelles. on dirait une certaine forme de quiétude, comme si tes démons étaient allés, le temps d'une soirée, s'amuser ailleurs. terrifier d'autres garçons qui n'sont restés que des enfants. « j'ai dit qu'on pouvait faire les deux. sinon, j'aurais fait exprès de ne pas te répondre. » et tu te promets de lui répondre. il y a des choses qu'elle a le droit de savoir. après-tout, vous allez vivre ensemble, alors tu décides d'y mettre du tien. tu t'attends à toutes les questions à peu près – sauf peut-être « as-tu déjà eu des problèmes d’urologie ? » – mais pas ça. pas de suite. pas déjà. elle va me détester. encore plus. savoir que tu l'as tuée. pas à proprement parler, mais presque, n'est-ce pas ? tu la fixes, dans un silence déroutant. ton sourire s'est figé, ton regard la pénètre, mais il est à des lieux d'ici. ils revoient la tour eiffel, l'ombre qu'elle balance sur le champ de mars en plein mois d'août, quand le soleil se cache derrière des nuages gris. tu revois les jardins, grands. les cafés, les belles boutiques, les marchands à l'accent si touchant. et tu la revois, elle. ses cheveux qui dégringole en une cascade d'épis de blé. et ses grands yeux bleus. un peu comme ceux de brume. tu revois sa silhouette, disparaître dans une ruelle sombre. et quand tu entends les premières marques de l'altercation, t'avais pas hésité. pas une seule seconde. c'était ta chance de la sauver. la chance de te sauver. la chance de la tuer, d'avance. le serveur arrive avant que tu n'aies pu correctement formuler tout ça. les mots se battent en duel dans ton front. « ... l'assiette melon-jambon cru, pour moi, s'il vous plait. » tes yeux n'ont pas lâché la rouquine. tu sens sa main sur la tienne, et peut-être est-ce ça qui te donne le courage de poursuivre. de ne pas faillir à ta promesse interne. « la première fois, j'avais vingt ans. j'étais encore étudiant, dans un cursus normal, c'était juste avant que je ne veuille devenir flic. j'crois que c'est pendant ce voyage que j'ai eu la révélation, d'ailleurs. on était en voyage scolaire, un truc pour notre enseignement de français. je n'savais pas un mot, l'école c'était pas vraiment mon truc. mais c'était obligé. au début, je me suis dis que deux semaines, c'était long. puis, j'ai rencontré quelqu'un, et deux semaines sont devenus rapidement bien trop courtes. » y a même un sourire qui se fraie un chemin sur tes lèvres, parmi les fantômes aux noms oubliés. « on est restés en contact pendant une année entière. on s'écrivait tout le temps. » elle commençait toujours par mon très cher maevan. « à la fin de l'année suivante, alors que j'étais entré en école de police, j'ai été lui faire la surprise en m'y rendant une nouvelle fois. j'y suis resté un mois, une sorte de pause, des vacances, un échappatoire. elle avait deux ans de moins que moi, seulement 19, et son père la battait. alors, je l'ai emmenée avec moi à los angeles. un an après, nous nous sommes mariés. c'est elle qui m'a apprit à parler français, un peu. » tu ne dis rien d'autre. le sourire s'estompe doucement. raphaëlle. t'as même pas été foutu de dire son nom. deux ans après, la blessure est encore là, à découvert. à saigner, sans s'arrêter, sans remède, sans anti-coagulant. ni même la suite. non, t'as pas dit. que t'étais devenu obsédé par cette enquête. non, tu lui dis pas, mae, qu'elle t'avait demandé – supplié – de tout lâcher. qu'elle t'avait prévenu. et si ça tourne mal ? elle avait dit. que tu t'en voudrais toute ta vie. toute ma vie, ma chérie, tu me l'avais dit, et après, j'ai compris. tu bats des cils. pour chasser peut-être quelques larmes. avant qu'elle ne puisse poser une nouvelle question, tu enchaînes, car c'est ton tour, après-tout. ton visage est doux, malgré la poussière des ruines revisitées qu'on martèle dans ton corps. « qu'est-il arrivé à tes jambes ? » ta main se dégage pour mieux l'attraper, et tes doigts caressent les siens, comme pour l'encourager. lui dire : t'es pas obligée non plus.
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tournent les violons.

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